Lacs, gorges, villages et randonnées : le guide du Verdon, des points de vue aux hébergements.
Lacs & activités nautiques

Clocher du lac de Sainte-Croix : un village englouti, mais aucun clocher visible

Laure Garcia 6 min de lecture
Lac de Sainte-Croix, village englouti, aucun clocher visible

Le lac de Sainte-Croix intrigue autant pour ses eaux turquoise que pour l’histoire qu’il recouvre. Beaucoup de visiteurs cherchent un clocher qui sortirait de l’eau, comme sur certaines images de lacs alpins. Sur place, la réalité est différente : il y a bien eu un village englouti, Les Salles-sur-Verdon, mais aucun clocher visible ne dépasse aujourd’hui de la surface.

Un clocher sous l’eau ? La réponse à connaître avant de venir

Si vous arrivez au lac de Sainte-Croix avec l’idée de photographier un clocher isolé au milieu de l’eau, vous risquez d’être déçu. Le site ne présente pas ce décor spectaculaire. L’ancien village des Salles-sur-Verdon a été vidé, détruit puis recouvert lors de la mise en eau du lac, créé avec le barrage de Sainte-Croix dans les années 1970.

La confusion vient souvent d’autres lacs artificiels européens où un clocher émerge réellement. Au Verdon, l’histoire est plus discrète : ce n’est pas une ruine romantique que l’on observe, mais un ancien fond de vallée transformé par un grand aménagement hydraulique. Le village actuel des Salles-sur-Verdon a été reconstruit plus haut, à proximité de la rive, pour accueillir les habitants déplacés.

Pourquoi on parle quand même d’un village englouti

L’expression est juste, à condition de la comprendre correctement. L’ancien bourg, ses rues, ses maisons, ses terres agricoles et une partie de la vallée ont disparu sous les eaux du lac. Mais les bâtiments n’ont pas été laissés intacts comme un décor immergé. Le lieu que l’on parcourt aujourd’hui en pédalo, en kayak ou depuis la route correspond pourtant bien à un ancien espace habité.

Les Salles-sur-Verdon, le village disparu sous le lac

Avant la retenue d’eau, Les Salles-sur-Verdon occupait le fond de la vallée, dans un cadre rural marqué par les cultures, les chemins et la proximité du Verdon. La construction du barrage de Sainte-Croix a changé l’équilibre local : l’ancien village a été abandonné, puis remplacé par un nouveau village édifié à une altitude plus élevée.

Ce déplacement forcé reste l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire du lac. Pour les visiteurs, il explique pourquoi Les Salles-sur-Verdon a une physionomie particulière : un village provençal récent, ordonné, situé au bord d’un vaste plan d’eau qui semble naturel au premier regard, alors qu’il est né d’un aménagement hydraulique.

Ce qui a vraiment disparu

Le terme village englouti ne désigne pas seulement quelques murs sous l’eau. Il évoque un ancien quotidien : des façades, une église, un cimetière déplacé, des jardins, des parcelles, des habitudes de voisinage. L’eau a effacé les repères visibles, mais elle n’a pas effacé la mémoire du lieu. C’est ce décalage qui rend la visite intéressante : on ne vient pas seulement voir un lac, on vient comprendre ce qu’il a remplacé.

Observer le lac avec cette histoire en tête change la perception du site. La surface de l’eau recouvre d’anciens tracés : routes, seuils de maisons, champs et limites du village ne se voient plus, mais ils aident à imaginer l’ancien fond de vallée. En regardant les pentes qui descendent vers l’eau, les replats et l’orientation des rives, on comprend mieux où pouvait se situer la vie du village avant la mise en eau.

Où aller pour ressentir cette histoire autour du lac

Le meilleur point de départ reste le village actuel des Salles-sur-Verdon. Même s’il ne possède pas l’ancienneté apparente de Moustiers-Sainte-Marie ou d’Aiguines, il donne un accès direct à l’histoire du lac. On y perçoit le lien entre la mémoire du village disparu et la vie touristique actuelle, tournée vers les plages, les activités nautiques et les itinéraires du Verdon.

Depuis les rives des Salles-sur-Verdon

Les plages et les pontons proches du village permettent de se représenter l’ampleur de la mise en eau. C’est aussi l’un des secteurs les plus simples pour faire une pause, marcher au bord du lac ou louer une embarcation. Sur l’eau, l’absence de clocher visible devient presque secondaire : on comprend mieux la dimension du lac et l’étendue du territoire recouvert.

Depuis Sainte-Croix-du-Verdon et Bauduen

Les villages de Sainte-Croix-du-Verdon et de Bauduen offrent une lecture plus panoramique. Depuis leurs hauteurs ou leurs rives, le lac apparaît dans toute sa largeur, avec ses variations de bleu et ses reliefs en arrière-plan. Ces points de vue permettent d’associer la visite historique à une découverte du site, surtout en fin de journée lorsque la lumière dessine plus nettement les courbes des berges.

Vers le pont de Galetas

Le pont de Galetas, à l’entrée des gorges du Verdon, ne raconte pas directement le village englouti, mais il complète très bien la visite. C’est là que beaucoup de voyageurs découvrent l’image la plus célèbre du secteur : l’eau turquoise du lac qui rejoint les falaises des gorges. En reliant ce panorama à l’histoire des Salles-sur-Verdon, on évite de réduire le lac à une simple carte postale.

Visiter sans se tromper : ce qu’il faut prévoir

Pour profiter du lac de Sainte-Croix avec cette dimension historique, prévoyez une demi-journée au minimum. L’idéal est de combiner un passage aux Salles-sur-Verdon, un point de vue depuis un autre village-rive et un moment au bord de l’eau. En été, partez tôt ou en fin d’après-midi : les parkings proches des plages et des bases nautiques se remplissent vite.

Pour comprendre l’histoire, privilégiez Les Salles-sur-Verdon et prenez le temps de lire les indications locales lorsqu’elles sont disponibles. Pour les photos, choisissez plutôt Sainte-Croix-du-Verdon, Bauduen ou les abords du pont de Galetas : vous aurez de meilleurs points de vue que si vous cherchez un clocher inexistant. Pour une sortie sur l’eau, le kayak, le paddle ou le bateau électrique permettent de ressentir l’échelle du lac sans bruit excessif.

Si vous avez plus de temps, associez le lac à Moustiers-Sainte-Marie, Aiguines ou à la route des crêtes selon votre itinéraire. La baignade et les activités nautiques sont les raisons principales de venir en saison chaude, mais l’automne et le printemps conviennent particulièrement bien à une visite plus calme. Les rives sont moins fréquentées, les couleurs plus douces, et l’histoire du village englouti prend davantage de place dans l’expérience.

Pourquoi cette légende de clocher reste si tenace

L’image d’un clocher qui dépasse d’un lac est puissante : elle résume en une seconde l’idée d’un monde englouti. Il est donc naturel que les visiteurs associent ce symbole au lac de Sainte-Croix. Pourtant, ici, la mémoire ne prend pas la forme d’un monument visible. Elle demande un peu d’imagination, quelques repères géographiques et une visite attentive.

C’est précisément ce qui rend le site intéressant. Le lac de Sainte-Croix n’est pas seulement une destination de baignade aux portes des gorges du Verdon. C’est aussi un lieu récent, construit sur une rupture locale majeure. Venir chercher un clocher et ne pas le trouver peut alors devenir le point de départ d’une découverte plus juste : celle d’un village disparu, d’un village reconstruit et d’un territoire qui continue de vivre avec cette mémoire sous la surface.

Partager cet article

Retour en haut