Barrage de Sainte-Croix : 95 m de voûte et 22 km² de retenue
Le barrage de Sainte-Croix est l’un des grands ouvrages hydrauliques du Verdon. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, il retient les eaux de la rivière et a donné naissance au lac de Sainte-Croix, un vaste plan d’eau artificiel devenu indissociable des Gorges du Verdon. Ouvrage hydroélectrique, outil de régulation et repère touristique, il se comprend à la fois par ses chiffres et par son impact sur le territoire.
Un barrage stratégique sur le Verdon
Le barrage de Sainte-Croix se trouve sur le cours du Verdon, à proximité du lac de Sainte-Croix et de sites connus comme Aiguines, Moustiers-Sainte-Marie, Les Salles-sur-Verdon ou le Pont de Galetas. Il marque une jonction nette entre la rivière, les Gorges du Verdon et la retenue qui s’étend en amont. Le lieu est facile à lire sur une carte, mais sa logique hydraulique devient plus claire quand on observe ensemble le barrage, le lac et l’aval du Verdon.

Son rôle premier est de retenir l’eau pour produire de l’électricité, réguler les débits et contribuer aux usages de l’eau à l’échelle régionale. Il s’inscrit dans l’aménagement hydroélectrique Durance-Verdon, pensé pour mieux maîtriser une ressource précieuse dans un territoire méditerranéen soumis à de fortes variations saisonnières. Le barrage répond donc à plusieurs besoins en même temps, sans changer de fonction principale.
Un ouvrage qui a transformé la vallée
Avant la mise en eau, le Verdon occupait une vallée plus étroite, marquée par les reliefs calcaires et les espaces ruraux. La construction du barrage a profondément modifié cette géographie, car l’eau retenue a formé le lac de Sainte-Croix. Aujourd’hui, beaucoup de visiteurs le perçoivent presque comme un élément naturel tant il s’est intégré aux abords des gorges et aux reliefs environnants.
Cette transformation ne tient pas seulement au décor. Elle a changé les circulations, les usages agricoles, la relation des habitants à la rivière et l’attractivité touristique du secteur. Le barrage est donc à la fois un ouvrage de génie civil et un point de bascule dans l’histoire locale. Son empreinte dépasse largement sa silhouette de béton.
Les chiffres clés du barrage de Sainte-Croix
Le barrage de Sainte-Croix est un barrage voûte, plus précisément une voûte à double courbure. Ce type d’ouvrage utilise la forme arquée du béton pour reporter une partie de la poussée de l’eau vers les rives rocheuses. Dans un site encaissé et calcaire comme celui du Verdon, ce principe permet de construire un ouvrage relativement mince au regard de la pression qu’il retient.

| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Type d’ouvrage | Barrage voûte à double courbure |
| Hauteur | 95 m |
| Longueur de crête | 138 m |
| Épaisseur en crête | 3 m |
| Épaisseur à la base | 7,5 m |
| Altitude de la crête | 483 m |
| Puissance installée | 136 MW |
| Volume de la retenue | 766900 milliers de m³, soit plus de 760 millions de mètres cubes |
| Surface de la retenue | 2180 ha, environ 22 km² |
| Surface du bassin versant | 1590 km² |
| Mise en service | 1974 |
Ce que ces dimensions signifient concrètement
Une hauteur de 95 m correspond à un ouvrage imposant, mais la finesse de la voûte est tout aussi remarquable. Avec 3 m en crête et 7,5 m à la base, la structure reste très compacte au regard du volume d’eau qu’elle retient. Ce contraste montre bien l’intérêt du barrage voûte, qui fonctionne par géométrie et appui sur les versants plutôt que par seule masse.
Le volume de la retenue, supérieur à 760 millions de mètres cubes, donne l’échelle réelle du lac. Ce n’est pas un simple élargissement du Verdon, mais une réserve d’eau majeure, capable de soutenir plusieurs usages sur une longue période. Sa surface de 2180 ha explique aussi l’ampleur visuelle du lac, que l’on découvre souvent comme une mer intérieure au milieu des reliefs provençaux.
De la décision à la mise en eau : une chronologie courte mais décisive
Le projet s’inscrit dans les grands aménagements hydrauliques du XXᵉ siècle, quand la production d’énergie, l’irrigation et l’alimentation en eau deviennent des enjeux structurants. Les études et décisions se concentrent dans les années 1960, avant la phase de construction et la création progressive de la retenue. Cette période fixe les grandes lignes du site tel qu’il existe aujourd’hui.
- Années 1960 : préparation du projet dans le cadre de l’aménagement Durance-Verdon.
- 1973 : fermeture des vannes et début de la mise en eau progressive.
- 1974 : mise en service du barrage et stabilisation du rôle de la retenue.
Pourquoi la mise en eau devait être progressive
Remplir une retenue de cette taille ne consiste pas simplement à fermer un ouvrage et attendre que l’eau monte. La mise en eau progressive permet de surveiller le comportement du barrage, des rives et du terrain environnant. Dans un secteur calcaire, parfois karstifié, l’hydrogéologie compte autant que le béton. Infiltrations, suintements, stabilité des versants et pression sur la voûte doivent être suivis avec attention.
Des instruments comme les piézomètres ou les extensomètres peuvent servir à suivre les réactions d’un ouvrage et de son environnement. Cette culture de la mesure est fondamentale pour comprendre les barrages modernes. Un barrage n’est pas seulement construit, il est ensuite surveillé, ausculté et exploité dans la durée.
La mémoire des Salles-sur-Verdon
La création du lac a aussi une dimension humaine forte. L’ancien village des Salles-sur-Verdon a été submergé lors de la mise en eau, avant d’être reconstruit plus haut. Ce point est essentiel pour ne pas réduire le barrage à une réussite technique ou à un site touristique. Derrière le plan d’eau turquoise existe une mémoire locale, faite de déplacements, d’adaptations et de reconstruction.
Le lac de Sainte-Croix : réserve d’eau, énergie et paysage
Le lac de Sainte-Croix est la conséquence directe du barrage. Long d’environ 10 à 11 km selon les secteurs retenus, il occupe une surface d’environ 22 km² et s’étire au pied des reliefs du Verdon. Ses eaux turquoise, très photographiées, résultent du dialogue entre la lumière, la profondeur, les apports minéraux et les parois calcaires environnantes. C’est ce mélange qui donne au site son identité visuelle.
Fiche technique du barrage hydroélectrique de Sainte-Croix — Une fiche complète sur le barrage de Sainte-Croix, son emplacement sur le Verdon et ses caractéristiques hydroélectriques.
Mais le lac n’est pas seulement un décor. Il joue un rôle dans la production hydroélectrique, la régulation des débits, l’irrigation et l’alimentation en eau. Dans une région où l’eau conditionne l’agriculture, les usages domestiques, les milieux naturels et le tourisme, cette retenue sert d’outil de gestion autant que de lieu de loisirs. Sa présence organise le territoire autant qu’elle l’embellit.
Comprendre le site en observant deux paysages à la fois
Pour lire le barrage sur place, il faut presque adopter un regard de jumelle : un œil vers l’amont, sur l’étendue calme du lac, l’autre vers l’aval, sur le Verdon canalisé par le relief. Cette double observation change la perception du lieu. Côté retenue, on voit la réserve, les usages nautiques doux et l’impression d’abondance. Côté aval, on comprend la contrainte hydraulique, la pente, la régulation et la puissance contenue.
Le barrage devient alors une charnière du site, pas seulement un mur de béton. Il relie deux lectures du même espace, l’une tournée vers l’eau stockée, l’autre vers l’écoulement maîtrisé. C’est ce contraste qui aide à comprendre la logique de l’ouvrage et la place du lac dans la vallée.
Un lien direct avec les Gorges du Verdon
Le barrage et le lac sont souvent découverts lors d’un parcours autour des Gorges du Verdon. Le Pont de Galetas, les abords de Moustiers-Sainte-Marie, Aiguines ou les rives proches des Salles-sur-Verdon offrent des points de lecture complémentaires. Certains montrent l’ampleur du lac, d’autres rappellent l’encaissement du canyon et la force initiale de la rivière.
Cette proximité explique la puissance touristique du site. Les visiteurs viennent pour les paysages, les activités nautiques non motorisées ou faiblement impactantes, les panoramas et la couleur de l’eau. Comprendre le barrage enrichit nettement la visite, car le lac cesse alors d’être un simple décor de carte postale et devient le résultat visible d’un choix d’aménagement.
Un ouvrage entre utilité publique et équilibre territorial
Le barrage de Sainte-Croix concentre plusieurs fonctions qui peuvent sembler contradictoires : produire de l’énergie, stocker l’eau, soutenir des usages agricoles et urbains, tout en s’insérant dans un territoire reconnu pour sa valeur paysagère. Cette cohabitation demande une gestion continue, car les besoins ne sont pas les mêmes selon les saisons, les niveaux d’eau, les usages touristiques et les équilibres environnementaux.
Son intérêt dépasse donc la seule fiche technique. Il aide à comprendre comment un territoire de montagne méditerranéenne peut organiser l’eau, ressource à la fois naturelle, économique et patrimoniale. Le lac attire les visiteurs, le barrage produit et régule, les villages portent la mémoire du changement, et le Verdon reste le fil conducteur de l’ensemble. Tout le site repose sur cet équilibre.
Retenir trois repères suffit pour saisir l’essentiel : le barrage de Sainte-Croix est une voûte de 95 m mise en service en 1974 ; il a créé une retenue de plus de 760 millions de mètres cubes ; il relie, dans un même ensemble, hydroélectricité, irrigation, alimentation en eau, tourisme et mémoire locale.
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